Un autre regard sur le métier de soignant

Prendre soin est un documentaire d’immersion dans le quotidien de quatre soignants évoluant dans les unités Alzheimer de maisons de retraite. Aux côtés de Claire, Luca, Antoinette et Lika on découvre ce qui rend le soin possible, les gestes d’un métier méconnu, fait de patience, d’habileté, d’intelligence, de tendresse et souvent d’amour.

Malgré la raison qui s’échappe et la mort qui approche, malgré le temps qui manque pour faire son travail, on est traversé par la beauté des échanges avec les résidents, la force des regards partagés et l’authenticité des liens qui se tissent. Loin des représentations habituelles, « Prendre soin » nous offre un regard poétique sur la relation qui se noue, jour après jour, entre soignants et résidents.

En savoir plus sur cet autre regard…

Film documentaire – France – 2018
80 mn – DCP – HD Stéréo
Réalisation – Bertrand Hagenmüller
Auteur – Bernard Benattar et Bertrand Hagenmüller – Production – iePP – Co-production – Loir Prod Etalonnage – Antoine Bretillard – Mixage son – Anaïs Georgel Musique originale – Tom Georgel – Avec le soutien de – Lna Santé

Séminaire PhiloTravail

PhiloTravail

Ressourcer sa vision du travail dans le dialogue philosophique

Philosopher, c’est introduire des questions là où on ne les attend pas, c’est déranger nos évidences, créer des attentions nouvelles sur ce qu’on ne voit pas ou plus. C’est en même temps l’exercice pacifique d’une pensée libre qui cherche et aime à se côtoyer à celle des autres pour grandir dans une humanité commune.

Nous avons conçu cette proposition pour offrir la possibilité, à ceux dont le travail est de s’occuper de celui des autres, de prendre du recul, interroger des pratiques et des valeurs, faire part de doutes ou d’étonnements, découvrir de nouvelles façons de voir et de dire, s’enrichir et enrichir culturellement son métier…

Public

  • Directeurs des ressources humaines, syndicalistes, médecins du travail, inspecteurs et contrôleurs du travail, conseillers en santé au travail, consultants « Ressources humaines », chercheurs et étudiants en sciences du travail …
  • Le nombre de participants pour chaque session est limité à 10 personnes

Pas de pré-requis philosophique attendu des participants : le bon sens étant la chose la mieux partagée du monde, on peut entrer de plein pied dans la réflexion philosophique sans avoir lu Platon, Kant ou Heidegger. En revanche, nous souhaitons que les participants relèvent de métiers ou fonctions différentes, du secteur privé aussi bien que du secteur public, afin d’assurer aux échanges une grande diversité d’approches.

Objectifs

  • Enrichir sa compréhension du travail et la façon d’exercer son métier
  • Faire émerger collectivement, à partir des expériences professionnelles de chacun, de nouvelles réponses à apporter au travail et à la vie qu’il fait à autrui

Programme

Il se déploiera autour d’exercices alternés s’inscrivant dans trois registres différents :

  • Exploration des invariants qui, dans le travail, renvoient à la condition humaine : valeur, reconnaissance, vérité, sécurité, éthique, subordination et liberté…
  • Réflexion sur les pratiques professionnelles des participants. Il s’agira notamment de repérer les mots-valises de chaque métier (par exemple : performance, compétence, santé, qualité, mérite …), les interroger et les rendre vivants.
  • Apport des écoles de sagesse antique (stoïcisme, épicurisme, taoïsme) pour se donner de la ressource intérieure et du pouvoir d’agir.

Programme détaillé sur demande (voir ci-dessous Contact et inscription)

Méthodes pédagogiques

  • Exposés / Débats / Lecture et analyse de textes philosophiques / « Philodrame » (mise en scène de situations de travail et réflexion philosophique sur ces situations) / Analyse d’images du travail

Animateurs

  • Bernard BENATTAR, philosophe et psychosociologue du travail. Anime depuis plus de 20 ans des ateliers de philosophie du travail avec des professionnels de tous horizons : dirigeants de PME, chefs de chantiers, travailleurs sociaux, personnel de crèches…
  • Michel FORESTIER, consultant, ancien directeur d’Aract, docteur en philosophie, auteur de Le travail contre nature, Editions du Panthéon, 2014 et éditeur d’un bloc-notes www.penserletravailautrement.fr

Durée et dates

  • Deux jours consécutifs : 16 et 17 avril 2015
  • A l’issue du séminaire, il sera proposé aux participants de poursuivre leur réflexion dans le cadre d’un groupe continu de recherche et d’échange sur le travail qui se réunira trois ou quatre fois par an, sur une demi-journée.

Prix

  • 1 000 € net (exonéré de TVA) pour les deux journées, déjeuners inclus.

Lieu

  • Atelier de l’IEPP, 29 rue Georges PITARD, 75014 – PARIS (métro : Plaisance)

Contact et inscription

  • Contact : Bernard Benattar 06 07 58 22 47 / Michel Forestier 06 72 07 19 65
  • Inscription : GESTE 113 rue Saint-Maur 75011 – PARIS. (numéro d’agrément formation professionnelle : 11 752 718 775) ou par mel : philotravail@geste.com.

Apéro philo au théâtre de la Cité Internationale – Vendredi 13 Février 18h30

• • • Nous vous convions vendredi 13 février à 18h30 à notre apéro-philo, animé par le philosophe Bernard Benattar, à former ensemble une communauté de spectateurs-penseurs. LE RITUEL DE LA PENSÉEAu bar du Théâtre de la Cité internationale, de façon conviviale et décontractée, nous allons penser collectivement et nous mettre en appétit, pour le spectacle du soir, D’orfèvre et de cochon / Répète des duos Grand Magasin et Fanny de Chaillé & Pierre Alferi.
Il nous semble important aujourd’hui de prendre le temps de se réunir. De réfléchir en groupe. De penser plus que de savoir. Simplement échanger, se nourrir, s’interroger. Comme un rituel.• • • Pour ce cinquième rendez-vous de la saison, l’apéro-philo aura pour thème : « si tu aimes ce que tu fais, tu ne travailleras pas ».

Le Théâtre offrira vin et jus de fruits, et nous comptons sur vous pour la nourriture tant physique qu’intellectuelle.

APÉRO PHILO thème : si tu aimes
ce que tu fais, tu ne
travailleras pas
18h30 | ven. 13 fév.
entrée libre
au bar du Théâtreinscrivez-vous à l’apéro
philo et profitez du
tarif à 16 € 
pour
le spectacle du soirinfos & inscription
auprès d’Erell Mathieu
lui écrire 
+ d’infos écouter 
les précédents apéros
Théâtre de la Cité internationale 17 bd Jourdan 75014 Paris • RER B/ T3 : Cité universitaire
Réservations : 01 43 13 50 50www.theatredelacite.com

Les entretiens de Pratiques Sociales

Pratiques Sociales – Bernard Benattar, vous êtes philosophe du travail et psychosociologue, vous intervenez dans les organisations. Vous leur proposez de nouvelles pratiques philosophiques.

Qu’est-ce que vous entendez par là ?

Bernard Benattar – De nouvelles pratiques de la philosophie se développent aujourd’hui dans les hôpitaux, les écoles, les prisons, dans les cafés, et aussi en entreprise… Alors, en quoi ça consiste ?

C’est l’intervention du philosophe qui se mêle à la vie de cité, en l’occurrence pour moi qui se mêle à la vie de ceux qui travaillent, et à la vie des organisations. C’est peut-être un clin d’œil à la philosophie grecque des débuts, une philosophie en dialogue et en marche, qui vient perturber en quelque sorte les gens qui travaillent.

La première démarche c’est la philosophie au travail : reposer les questions de la liberté, de la justice, de la neutralité, par exemple, en développant une relation décomplexée aux grands philosophes et à leurs textes.

Mais il y a aussi la philosophie du travail, celle qui est déjà là, et qui mérite d’être requalifiée et repensée ensemble. Je crois qu’il n’y a pas d’organisation, pas de métier qui ne fasse référence à un système de valeurs, son système qualité si l’on veut. Tout agir forge sa philosophie. On peut aller réinterroger l’entreprise ou le métier, se mettre en posture critique pour mettre en perspective sa philosophie, qui est parfois devenue dogmatique, stérilisée par les usages et l’habitude, et qui a besoin de retrouver de l’incarnation et de la profondeur.

Pratiques Sociales – Pouvez-vous nous donner un exemple de demande d’intervention, qui vous semble être dans le champ de Pratiques Sociales ?

Bernard Benattar – J’en ai de multiples, depuis vingt ans… Les demandes tournent autour de l‘éthique du travail, parce que les gens se sentent perdus entre leur idéal professionnel et les possibles à mettre en œuvre. Un exemple que je voudrais donner, c’est ce que je fais avec un organisme de formation qui forme les travailleurs sociaux d’un Conseil Général. Le dispositif a été mis en place sur 15 ans, avec 4 modalités successives de réflexion.

1. UN SEMINAIRE : « LES MOTS DU SOCIAL, UN ETONNEMENT PHILOSOPHIQUE »

Je suis parti de l’hypothèse que le travail social charrie un lexique bien à lui : s’il fait foi, s’il fait « norme », ce lexique est très peu souvent réinterrrogé tant il paraît évident à tous… J’ai repris les mots « mana » de Roland Barthes : il y a des mots porteurs de sens qu’à force d’en user on prend pour argent comptant, tellement ils ont eu leur heure de gloire.

Dans le travail social il y a les mots du travailleur social, les mots du commanditaire du travailleur social, le politique, et les mots des usagers eux-mêmes.
Les mots du travailleur social : le mot accompagnement, par exemple, qui a fait suite aux mots suivi social qui lui-même faisait suite au mot assistance sociale. Ce mot là perdure, on l’utilise tant et tant ; dans l’entreprise, les coachs l’ont repris aussi… Si on interroge le mot, c’est pourquoi faire ? Il définit l’orientation du métier, alors autant qu’on sache ce qu’on veut y mettre, de quoi il est porteur.

Martine d’Orgeval pour LePasDeCôté, Pratiques Sociales, 19/7/2012

Il y a l’acception du mot : accompagner c’est cheminer ensemble (étymologie), donc partager la difficulté, partager la souffrance.
Et les conséquences pratiques : si l’on veut partager plus avant, jusqu’où ? C’est ainsi qu’est intervenue la notion de bonne distance : partager mais pas de trop près. Alors comment concilier les deux, la bonne distance et l’accompagnement ? S’agit-il de tenir compagnie aux usagers, ou de leur tenir la main, d’aller avec eux faire les démarches administratives pour obtenir tel droit ?

Voici une autre piste : et si accompagner impliquait une réciprocité, une symétrie du don ? Quelle en serait la « métaphore vive », selon Ricoeur, c’est-à-dire ce qui suscite une inspiration, plutôt que d’invoquer la norme ?

Les mots du politique : je me suis aperçu que les travailleurs sociaux, qui sont sous la commande politique, n’en avaient pas une connaissance explicite. Nous sommes allés fouiller l’intention politique : si on parle d’égalité, dans une collectivité de gauche, de non-discrimination, de diversité, de justice sociale, du « vivre ensemble », qu’est-ce qu’on a en tête, qu’est-ce qu’on veut ?

Les mots des usagers : face à « aidez-moi », « je n’ai pas où dormir » ou « je n’ai plus que des dettes », il s’agit de construire des responsabilités, d’imaginer des issues aux situations : « qu’est-ce qui dépend de moi ? »

Penser ces mots-là, ç’a été penser tout un tas de pratiques et se demander par quoi elles sont ordonnées, et en vue de quoi, et jusqu’où. Les travailleurs sociaux disent « j’ai le nez dans le guidon » – sous-entendu : l’urgence quotidienne de ma pratique m’empêche de penser. Peut-on déconstruire les habitudes ? L’idée de ce séminaire, c’est s’émanciper, prendre de la hauteur pour regarder ce qu’on ferait d’un autre endroit , et faire sortir le mot de sa seule gangue normative pour lui donner une dimension de moteur de pensée.

2. LES ATELIERS DE PHILOSOPHIE SOCIALE

En jouant sur l’ambiguïté de la double référence au sociétal et au travail social, nous questionnons le « quoi décider, quoi faire ».
Le cadre est un atelier à entrée et sortie libre, un groupe à géométrie variable qui construit son « hors soi », c.à.d qui accueille des nouveaux, pour réinterroger des notions-clés : la philanthropie, la misanthropie, l’intimité, le care, l’attachement, ces notions qui, mise en perspective dans les pratiques, vont pouvoir faire boussole pour les uns et les autres, en éclairant les fondements philosophiques de leur travail. Les activités vont de l’analyse des pratiques professionnelles au théâtre forum et à la conversation philosophique (disputatio), en passant par les textes lus à haute voix, le coaching philosophique.

Le groupe se donne aussi pour ambition de porter le questionnement au-delà même du groupe : l’atelier est ponctué de forums ouverts aux encadrants, par le partage de la pensée. Les participants animent eux-mêmes des petits groupes à visée philosophique.
Pas de règle de confidentialité dans ce cas : la réflexion philosophique est un engagement intellectuel à l’échange.

3. L’ATELIER d’ETHIQUE ITINERANT

Cet atelier d’une autre forme diffuse les pratiques philosophiques au sein des équipes décentralisées, sur six territoires.
Chaque équipe choisit la question éthique qui requiert une réflexion partagée, pour laquelle nous recherchons des ressources extérieures (auteurs, textes) et la mixité/transversalité des participants. Les questions éthiques permettent de penser ensemble une morale professionnelle vivante, en cherchant quoi faire, que décider, et pourquoi. Le travail se fait à partir d’une situation choisie : on

Martine d’Orgeval pour LePasDeCôté, Pratiques Sociales, 19/7/2012

se demande – qu’est-ce qui est juste ? – qu’est-ce je fais là ? – est-ce du travail social ? – qu’est-ce qui dépend de ma responsabilité ? – qu’est-ce qui est de la responsabilité collective ? – et finalement à quoi allons-nous contribuer ?

4. LE PARCOURS DE PHILOSOPHE PRATIQUE SUR LES ENGAGEMENTS DU SOCIAL

Des problèmes sont livrés à un « think tank », groupe réuni au cours d’un cycle, fertilisé par un intervenant du terrain ; la production donne lieu à une publication. C’est une formation-action faisant écho aux pratiques.

Exemples de problématiques à étudier :
– De l’éducation populaire à l’empowerment, le désir de favoriser la puissance d’agir
– Santé, bien-être, bonheur, de quoi nous mêlons-nous ?
– Accompagner des parcours d’insertion, entre reconnaissance, obligation et réciprocité
– Eduquer ensemble, parents, enseignants, travailleurs sociaux ; est-ce possible, est-ce souhaitable ?

Ce sont de grandes questions contemporaines, qui permettent de revenir sur les enjeux sociétaux du travail social, dont on essaye de se saisir en assumant leur dimension philosophique. Par exemple : si on a tant parlé de l’égalité et de l’accès à la connaissance avec la philosophie des Lumières, qu’est-ce que ça représente aujourd’hui pour le travail social ?

Pratiques Sociales – Qu’espérez-vous de ces travaux philosophiques, et de leurs effets ?

Bernard Benattar – Les travailleurs sociaux qui reviennent de séminaire en ateliers, sur 5, 7 ans, me disent les bénéfices qu’ils y voient. Pouvoir reprendre confiance dans leur métier, grâce à une médiation de conflit, à un enrichissement collectif : le premier bénéfice est d’ordre énergétique. J’aime à dire que nous dissolvons ensemble les passions tristes, il y a du désir qui circule. Pour moi c’est très important.

On peut parler aussi je crois de ressourcement professionnel. Ils ont révisé les idéaux professionnels qu’ils se sont forgés à l’école, ils les ont confrontés à ce qu’ils font et ce qu’ils voudraient faire.
Et nous fabriquons ensemble des outils, des supports, des aides.
Ce sont de nouvelles raisons d’espérer, d’agir, mais aussi des moyens d’agir.

Source

Réflexions prospectives autour de nouveaux modes de management

 


23/08/2011

Comment les grandes entreprises françaises se préparent à faire évoluer leurs modes de management à l’heure des réseaux sociaux d’entreprise et du télétravail ? Le think tank Futur Numérique, de la Fondation Télécom…

Comment les grandes entreprises françaises se préparent à faire évoluer leurs modes de management à l’heure des réseaux sociaux d’entreprise et du télétravail ? Le think tank Futur Numérique, de la Fondation Télécom, fait le point dans un Cahier de prospective intitulé « Transformation numérique et nouveaux modes de management », sorti en juin dernier.

L’intérêt de cet ouvrage, qui prolonge des ateliers conduits fin 2010 avec les entreprises partenaires Accenture, Alcatel-Lucent ou BNP Paribas, est d’associer les témoignages d’acteurs de cette transformation, qui la vivent au quotidien dans leur entreprise, et des pistes de réflexion d’enseignants chercheurs, de professeurs, d’un philosophe du travail…

La vingtaine de textes proposés est dense – les plus longs ne comptent qu’une petite dizaine de pages – et aborde de multiples facettes : l’identité numérique, la réputation, la transparence, la question des processus dans l’organisation du travail…

Les auteurs ne livrent pas de recettes toutes faites, mais interrogent et suggèrent des pistes. A ce titre, la contribution à quatre mains de Bernard Benattar, directeur de l’Institut européen de Philosophie pratique, et de Jean-Luc Vrignon, en charge des outils et des processus chez Orange Business Services, est symptomatique. Leur objectif est de dégager des perspectives éthiques pour les managers de demain.

Ils s’interrogent sur les notions de présence, de corps, de sens, dans des environnements de travail de plus en plus désincarnés. « Assurément, il y a à maintenir et à développer moult supports de communication grâce au numérique, quitte à ce que cela change nos modes de relation, mais à la condition qu’il y ait encore de la relation, du sujet parlant, s’adressant à de la présence, du souffle, du style, du rythme, du silence », écrivent les auteurs.

Le rôle du manager est essentiel pour établir des points de rencontre et plus globalement faire ressurgir le vouloir. « Il sera un des acteurs qui aura à limiter un accroissement du numérique sans finalité, du numérique pour le numérique (ce qui serait sa fin) », concluent Bernard Benattar et Jean-Luc Vrignon .

L’ouvrage « Transformation numérique et nouveaux modes de management », réalisé sous la direction de Carine Dartiguepeyrou, prospectiviste et consultante, peut être commandé en contactant directement Fondation Télécom [9].

Réflexions prospectives autour de nouveaux modes de management

Quelle famille construit-on ?

EFA 94 : 25/11/2011 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Vendredi 25 novembre 2011, Vincennes

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Soirée de réflexion organisée par EFA 94 autour de la question

« Quelle famille construit-on ? »

animée par Bernard BENATTAR
psychosociologue et philosophe, fondateur-dirigeant de l’Institut Européan de Philosophie Pratique

Cette soirée sera l’occasion d’explorer la place des fictions ou attentes familiales, de les confronter aux regards de la société et de se poser des questions pour clarifier notre réalité à chacun et désir de ‘faire famille’ avec l’option supplémentaire ‘enfants et parents d’adoption’.

Cinq familles d’EFA 94 (couples et célibataires) se sont rencontrées le temps de 2 ateliers pour préparer cette soirée avec Monsieur Benattar.  Les échanges ont été riches et éclairants.

Autant de familles, autant d’expériences et de vécus différents.

L’approche philosophique permet de s’étonner et de s’imaginer dans notre rôle de parent et dans la notion de tisser des liens pour ‘faire mien’.

Elle nous interroge également sur ce que nous souhaitons transmettre à nos enfants et nous aide à nous débarrasser des questions restées en suspens ou lancinantes qui n’ont plus leur place.

La soirée du 25 novembre sera l’occasion de restituer les échanges et questionnements du groupe de travail, et d’enrichir la réflexion avec vous autour de « quelle famille construit-on ?

Lieu : La Maison des Associations – Salle Paul Rumeau 1er étage – (en face de l’église)
41/43 rue Raymond-du-Temple – 94300 Vincennes

Eduquer ensemble

Famille, école, ville

Éduquer ensemble, saison 2

L’an dernier, les soirées-débat Éduquer ensemble avaient permis un échange inédit entre parents et professeurs des écoles. L’initiative organisée par la municipalité et l’Éducation nationale est reconduite et… élargie à l’ensemble de la ville.

Cette année, afin de faciliter encore les échanges, les tables-rondes seront remplacées par des rencontres sur le mode « café-philo ».

Parler de l’école dans un autre contexte que celui de l’école, instaurer un échange entre parents et enseignants, c’était tout le propos des soirées-débat Éduquer ensemble lancées l’année dernière et reprises pour l’année scolaire 2011/2012. Un échange qui – manifestement – ne trouve pas à s’exprimer in situ, dans l’enceinte de l’école : les parents ayant du mal à rencontrer les professeurs et… inversement.

« Nous avons tiré un bilan très positif de la première édition de ces rencontres, explique Sophie Darteil, élue à l ’Éducation. Bien sûr, il faut rappeler qu’à ce moment, il y avait un caractère obligatoire pour les enseignants – les heures consacrées à Éduquer ensemble étaient effectivement comptabilisées dans leur formation. Mais la façon dont l ’intervenant a mené les débats a contribué à décrisper et rassurer tout le monde. »

Associer encore plus de parents

Après ces coups d’essai, les parents et personnels communaux ayant participé aux soirées ont été reçus par la municipalité et invités à livrer leurs sentiments. Cependant que l’Éducation nationale procédait de la même façon avec maîtres et maîtresses d’école. Débriefing terminal en juin dernier, il aura donc été convenu de recommencer, tout en élargissant l’initiative : circonscrite aux seules écoles du centre-ville, elle impliquera désormais tous les établissements (écoles maternelles et primaires) de Tremblay.

« Si l’on remet Éduquer ensemble à l’ordre du jour, c’est qu’il y a encore du chemin à faire et que l’on souhaiterait y associer encore plus de parents », précise Sophie Darteil. Timides les parents ? Pas systématiquement, au point que nombre de ceux des quartiers non concernés par les rencontres ont manifesté le désir d’y être associés.

 

Nouvelle formule

De fait, la formule retenue pour Éduquer ensemble, saison 2, devrait contribuer à dérider les plus rétifs : « On passe de soirées tables rondes à une organisation qui se rapproche plus d’un café-philo », fait valoir Badéha Amri, chargée de mission au projet de réussite éducative (PRE). Ici, c’est le même « animateur » que l’an dernier, Bernard Benattar, qui reprendra du service.

Échanges de libres paroles à la clé, après lancement des thématiques par un homme averti qui connaît bien son affaire : Bernard Benattar est fondateur de l’Institut européen de philosophie pratique, philosophe du travail, psychosociologue, fondateur de Valeurs et Débats (association pour le développement de la participation dans les collectivités).

À la médiathèque, à l’Odéon…

En outre, les organisateurs ont souhaité investir les équipements emblématiques de la ville aux fins de convier les participants des trois soirées. L’on espère bien se retrouver en nombre au théâtre Louis Aragon ou de l’Odéon et, in fine, à l’équipement jeunesse.

« Voilà pour permettre de croiser problématiques et problèmes de chacun. Cela nous donnera également l’occasion de rappeler que, autour de l’école, il y a des structures d’aide adaptées telles que les maisons de quartier, le projet de réussite éducative… Celles-là pouvant venir en relai de l’action des enseignants, ou des parents », estime-t-on encore du côté de la municipalité.

Trois soirées débats

Mardi 29 novembre 2011

Ecole, famille, ville : Que voulons nous transmettre à nos enfants ?

Théâtre Louis Aragon, 18h30

Mardi 31 janvier 2012

Les enfants difficiles

Théâtre de l’Odéon, 18h30

Vendredi 30 mars 2012

Apprendre à apprendre

Équipement jeunesse, 18h30

 

Transformation numérique et nouveaux modes de management

Cahier de prospective Fondation Telecom sous la direction de Carine Dartiguepeyrou  – Mai 2011

Articulations choisies : présence, corps et sens par Bernard Benattar et Jean-Luc Vrignon

Transformations numériques et nouveaux modes de management : Enjeux prospectifs

Articulations choisies : Présence, corps et sens

Ce texte de prospective est le fruit d’un dialogue réel[1] entre nous, Jean-luc Vrignon, technicien télécom (Orange) et Bernard Benattar, philosophe-consultant (IEPP). Partant de la lecture croisée des  signaux collectés, l’un de l’intérieur de l’entreprise, l’autre de l’extérieur, nous avons partagé nos interrogations, convictions, intuitions, moins pour prédire l’inévitable, que pour nous accorder sur du souhaitable. Entre postures critiques et résistances actives sur le e-management, nous avons tenté de dégager des perspectives éthiques pour les managers de demain.

1) Garantir une  place à la présence et à l’intersubjectivité

C’est avec plaisir que nous nous retrouvons tous deux dans ce dialogue-ci, dans le droit fil de notre réflexion sur un projet de « plateformes réflexives ou réseaux thématiques » pour Orange. Nos conversations ont eu cours en marchant, en se téléphonant, en s’écrivant. Indéniablement, quelque soit le support, il est toujours possible de communiquer de façon vivante et responsable. Pour autant le support de la communication n’est pas neutre, bien au contraire[2]. Non le numérique n’est pas un simple outil à notre disposition, il conditionne, structure et modifie le contenu de nos échanges et si  celui-ci a  rendu possible le dialogue entre l’homme et la machine  (Dialogue Homme-Machine, DHM), entre les machines (Machine to Machine),  il  est nécessaire d’être attentif à ce qu’il continue de permettre le dialogue entres les individus (Homme to Homme !).

A la lecture des analyses faites par les entreprises partenaires et en consultant nombre d’enquêtes de satisfaction internes, il y a indéniablement  un regain d’intérêt, voire un cri d’alarme, à propos des valeurs présence et proximité, très souvent associées au qualificatif physique. Pourtant nous avons longtemps dénoncé la réunionite, faite de réunions stériles, sans réelle présence des uns aux autres, convaincus de perdre de l’énergie, du temps et de l’argent, au contraire parfois d’une réelle et efficace présence ressentie au téléphone, ou à travers une correspondance par e-mail rapide et circonscrite.

Néanmoins, il parait difficile de déceler de la présence dans le système d’information, qui reste l’un des moyens de communication les plus utilisés dans nos entreprises.  Si nous faisons la distinction entre relation et information, entre énonciation et énoncé, entre adresse et dépôt, que penser de nombre d’applications informatiques où il s’agit seulement de déposer un énoncé; énoncé qui sera étudié, évalué, traité par un expert, intégré à un processus, sans aucune relation avec son auteur ? Il y a là un refus de considérer la subjectivité de cet énoncé. La demande est réduite à une donnée. Il n’ y a plus de présence, du moins visible. Le dialogue est rompu.

Assurément, il y a à maintenir et développer moults supports de communication grâce au numérique, quitte à ce que cela change nos modes de relation, mais à la condition qu’il y ait encore de la relation, du sujet parlant, s’adressant à de la présence, du souffle, du style, du rythme, du silence.

Si l’une des missions principales des entreprises de la télécommunication est de proposer les moyens d’une présence à distance, celle des managers sera de plus en plus de s’assurer des conditions de l’existence effective de cette présence. Et si la proximité d’autrui comporte toujours le risque de la violence, du confinement en huit clos ou si elle est devenue impossible, en raison de l’éclatement géographique de l’entreprise, il appartient aux managers de construire ces points de rencontre, qui redonnent un visage et un auteur – non anonyme – aux données en circulation. Il leur appartient de s’assurer des conditions effectives de l’inter-subjectivité, une réelle présence à l’autre par laquelle se construit entre autres, la responsabilité.

2) Faire corps et habiter notre langue

Il est loin le temps des sensations fortes au travail, trop fortes sans doute, par les odeurs, les bruits, les aspérités de la matière, les mouvements du corps. Qu’en est-il aujourd’hui de ce corps physique, sensible, vulnérable, dont nos univers virtuels semblent pouvoir tant nous séparer. Il faut bien constater qu’à l’immense richesse des contenus numériques, correspond de facto une immense pauvreté des univers sensoriels, où le corps immobile la plupart du temps devant un écran, est privé (ou protégé) de ces stimuli ressource, informateurs indispensables de la pensée créatrice, de la vigilance, de la conscience du temps qui passe et de la mémoire. Nous ne parlons pas seulement de ceux qui travaillent dans des bureaux  où l’atmosphère silencieuse est de mise, ainsi que l’économie maximum de mouvements, invitant chacun à s’adresser des emails plutôt qu’à prendre son téléphone ou traverser le couloir. En usine aussi les robots pilotent les machines et les pilotes de ligne contrôlent et gèrent désormais les pannes à distance. Les TMS se sont déplacées, et les troubles psycho-sociaux sont arrivés sur le devant de la scène, révélateurs de l’impuissance des hommes, non pas devant la matière du travail, mais devant son organisation anonyme, ses buts indiscernables et l’altérité sans visage.

La carence en ressources sensorielles ne peut qu’affaiblir notre immunité, notre capacité à nous défendre contre les agressions du monde environnant et notre puissance d’agir. C’est sans doute un facteur essentiel de stress au travail, que de ne pas pouvoir mobiliser ces ressources d’énergie, sans lesquelles la lutte semble perdue d’avance.

C’est aussi  le corps de l’autre, corps langage, souffle, éros, regard, qui nous renseigne en même temps qu’il nous affecte, qui nous questionne en même temps qu’il nous répond, qui nous éveille à des faisceaux de significations bien au delà des mots échangés. La communication à distance, à quelle conditions peut-elle encore faire rencontre et expérience ?

Pour lutter contre l’épuisement, la lassitude, la souffrance au travail,  il faudra bien introduire des ruptures de rythme, de la dépense physique, des univers sensoriels renouvelables, de l’inconfort. Ce n’est certes pas suffisant, pour en finir avec l’inepte ou l’injuste, mais une condition nécessaire de la capacité de chacun à se défendre plutôt qu’à se victimiser et à développer sa puissance d’agir.

On peut aussi transposer cette question du corps ailleurs, formuler l’hypothèse de la nécessité de faire corps avec l’information pour se l’approprier, savoir s’en servir, et de construire des corpus pertinents.  Mais comment ? Or la tendance dans les systèmes d’information est à la superposition des solutions : une nouvelle fonction palliera à un dysfonctionnement d’une précédente, sans remettre en cause un ensemble plus large. Le principe d’extension prévaut sur le principe de compréhension.

Par métaphore, imaginons une suite de mots sur une page sans ponctuation, imaginons la vaine tentative d’y apporter du sens par l’ajout de nouveaux mots et cela sans fin. Dans notre langue, le sens se décide quand il y a un point, final, d’exclamation ou d’interrogation, quand quelque chose prend corps grâce à ce point. Ce point, c’est aussi le début d’un autre phrase, c’est la prémisse de la création. Or le numérique semble porter en lui, l’illimité, l’infini.  De quel infini s’agit il ? De quel infini voulons nous ? D’une fuite en tout sens ou d’un toujours à l’œuvre ? D’une impuissance marquée par le sceau du tout est toujours possible ou d’une puissance finie marquée par le sceau du commencement ? Le point est décisif, marquons le !

On se souvient d’une application informatique qui avait été pensée collectivement et qui en retour faisait penser ceux qui l’avaient conçue. Il y avait ainsi une interaction très fructueuse. Peut-être un peu comme une « œuvre ouverte »[3], quelque chose qui nous dépasse et qui en même temps nous donne à réfléchir.  Paradoxalement, dans d’autres occasions, le  « cela nous dépasse »  sous-entend  le chaos, l’inutilité, l’impossibilité d’une réflexion, le non sens. Mais comment donc passer du pathos à l’œuvre, comment œuvrer ensemble ?

Le manager aura à mettre en œuvre, à définir et à délimiter, à préciser et à circonscrire, à rapprocher et à distinguer, à faire des points de rétrospectives (retour d’expérience ou analyse de pratiques), à faire des points de prospective, à remettre en cause, à ne pas additionner sans cesse, à reterritorialiser.

Le numérique est un support du langage mais doit-il le transformer ?

Les nouveaux termes employés tels que la e-reputation, le e-learning, le e-management,  RH 2.0 semblent être déjà des tentatives. Suffixe ou indice, il y a signe mais pas de signification. Les mots sont ici autoréférentiels.

Nous avons assurément changé de cadre conceptuel, où semble prévaloir le langage numérique, mais pouvons nous penser, réfléchir, autrement que par analogie, par association d’idées ? Pouvons-nous penser en nous  exilant ainsi de notre langue ?

Si on se plaint tant et tant de la perte de sens dans le monde du travail, la solution est probablement du côté d’un nouveau penser-parler, lequel ménage l’usage polysémique et métaphorique du langage traditionnel et renoue avec une écoute herméneutique. Un penser parler qui assume la capacité de tout homme à interpréter  les signifiants dans et par le dialogue, non pas seulement à les décoder.

Il en est de même pour les qualificatifs du management, sensés lui donner ses valeurs. Parler d’un management coopératif, collaboratif, participatif, responsable, faire des analogies entre ces termes, des distinctions, examiner leurs nuances, jouer de leurs équivocités, les associer avec d’autres termes, c’est déjà grâce à la langue, chercher à s’entendre et à construire ensemble une essence, une existence, un futur, une raison d’être.

Le manager aura plus que jamais à être vigilant à ce que la parole ne soit pas enserrée dans des termes faussement univoques ou dans des cases numériques trop étroites, à ne pas abonder dans ces simplifications qui donnent l’illusion que tous comprennent la même chose[4]. Il aura à veiller à ce que la parole garde sa puissance métaphorique et sa plurivocité, à veiller à ce que la parole soit émancipatrice, réservoir de pensable et moteur de penser, et non pas seulement instrument de communication rapide. Par exemple l’innovation, le service, le diagnostic, l’intervention, l’incident, la réparation, la performance, tous ces termes axiologiques qui fondent et justifient les pratiques professionnelles, seront toujours à redéfinir, à repenser, à théoriser, avec et par l’expérience partagée, si on veut qu’ils soient parlants. Leur pertinence et leur efficience dépendent sans doute de leur appropriation, non pas seulement comme mots d’ordre, suscitant le oui sans comprendre, facilement insérables dans des tableaux, mais surtout comme mots de passe, ceux là même qui donnent envie de chercher tout à la fois le comment faire et son pourquoi.

3) Réconcilier théorie et pratique : le manager médiateur

Dans l’ère numérique, la question de l’autonomie des salariés, et plus encore des managers, est un  leitmotiv dans nos entreprises. Est ce à dire que le numérique favorise l’autonomie ou qu’elle la menace ? Nous utiliserons là la notion de « pharmakon », chère à Bernard Stiegler. En Grèce ancienne, ce mot désigne à la fois un remède et un poison. Tout objet technique est pharmacologique, à la fois poison et remède, à la fois instrument d’émancipation et d’aliénation.  Aussi raisonner pharmaco-logiquement c’est comprendre que pour lutter contre les effets d’un objet technique, il convient non pas de ne plus s’en servir, mais de s’en servir autrement ou de lui trouver ses antidotes.

Si comme le soulignait Jacques Ellul, « il n’y a pas d’autonomie de l’homme face à l’autonomie de la technique », il est pourtant monnaie courante que des solutions techniques devancent l’expression de besoins. Peut être est ce toujours ainsi, la réponse est toujours déjà là, avant la question. La question existentielle devrait être alors : Qu’est ce que je peux bien faire avec ça ? Comment œuvrer avec ces données ? Comment faire avec ? En vue de quoi ?

Mais dans les entreprises, on dit si souvent ne vouloir que du concret tout de suite et au nom du sacro-saint pragmatisme se méfier de tout ce qui paraît de prés ou de loin trop abstrait, ou trop idéaliste. Et en même temps, qui ne souhaite pas sortir la tête du guidon, échapper à la pression de l’urgence, prendre de la hauteur, retrouver une liberté de penser et de la créativité, continuer d’être guidé par d’authentiques idéaux ? Quelle entreprise peut aujourd’hui se contenter d’opérateurs « presse bouton », sans jugement, sans conscience ?

La théorie est un outil, un levier, un moteur. Elle est à considérer comme un acte de pensée. « Rien n’est plus pratique qu’une bonne théorie », disait Bachelard, oui mais pas à n’importe quelle condition ! Sous condition probablement d’élaboration partagée, de transmission, d’appropriation, d’ajustement. Peut-être faut-il des tiers dans les organisations, non pas donneurs de leçon, mais faiseurs de question, des médiateurs de sens, qui s’étonnent et étonnent, pour aider à les construire ces outils conceptuels, toujours jetables, toujours transformables, pour donner à la technique sa mesure, pour aider à interpréter le monde à venir et ce que nous voulons y apporter par notre travail.

A l’ère des données, le donné ne fait plus autorité. L’histoire de nos métiers, de nos expériences, de nos entreprises n’est plus notre référence. Comment est il possible de se situer ? Le « qui fait quoi ? » est le dispositif le plus courant, supposant mais éludant le « qui est qui ? » et le « quoi est quoi ? », c’est à dire la question de « qui sommes nous ? » et de « quel monde relève t-on ? ».

Le « qui est qui ? » ne peut se réduire uniquement à une identification telle qu’elle est traduite dans une fiche de poste. L’identité doit se définir avant tout dans le rapport à l’autre, dans le rapport à l’autre collectif, dans le rapport à la raison sociale de l’entreprise, à sa raison d’être. Il y a là un saut à opérer, de l’ordonnancement des attributions de chacun, toujours objectivables, à une dynamique de contributions mutuelles, de la tâche individuelle à l’œuvre collective, alors même qu’aucun outil ne permet d’en faire la mesure.

Distinguons la connaissance utilitaire, de celle qui fait culture, qui situe dans le temps l’expérience individuelle et collective. L’enjeu de cette dernière étant de s’approprier une histoire commune, d’actualiser les valeurs, bref de contribuer au vivre ensemble. S’il existe dans nos entreprises, des espaces numériques pour stocker la première, la déposer, la consigner, la mobiliser, qu’en est-il  pour la seconde, des lieux et des moments où nous pourrions rejoindre un état de connaissance donné et y penser ensemble ?

L’externalisation de la connaissance grâce au numérique induit un déplacement de l’implication subjective du savoir. « Le savoir était ce qui est constitutivement à soi, il était la puissance intime par excellence, il devient hors de soi », nous dit Marcel Gauchet. Cette externalisation du savoir est-elle à considérer comme transmission ou comme désappropriation ? Nous sommes dans des entreprises où nous produisons et utilisons de nouvelles techniques en permanence. Cependant, face à cette accélération des procédés, nous sommes en manque de compréhension, de sens, à défaut d’une conceptualisation qui atténuerait cette accélération violente, inintelligible, sans pour autant freiner le progrès de l’innovation. Nous sommes confrontés à un savoir atomisé, éparpillé, décomposé, sans recherche d’une cohésion. Est-ce la fin de la théorie, comme le dit André Gorz, ou une recomposition en cours des modes de transmission et d’appropriation des savoirs ?

Alors, le rôle du manager de proximité sera de promouvoir des lieux de culture, d’élaboration de théorie, de concept, des lieux où les salariés, avec les experts, se réapproprieront leurs savoirs et en élaboreront d’autres. Son rôle sera d’introduire de la continuité dans une discontinuité, du simple dans du complexe, du dedans dans du dehors.

Et si le management et le numérique  étaient conditionnés par un tiers, par un point d’extériorité ? Le rôle du manager serait donc d’organiser ce point, une plate forme où seraient élaborés, sans cesse, leurs rapports de coexistence sans jamais les confondre, ni consentir à la prédominance du numérique sur le management, mais à penser  les conditions de leurs évolutions mutuelles et de leurs interactions.

En examinant les nouveaux termes utilisés dans la « e-sphère », on remarquera, l’amalgame fait entre support et fonction. Peut-on encore dans le « e-management », penser une relation distanciée entre le management (humain, trop humain) et le numérique ? Éventuellement, si nous  n’omettons pas le trait d’union, nous pourrions parler d’une co-forme, d’un couple. Mais la fonction semble là aliénée à son média.

Si le « e » défaille, en sera-t-il de même pour le management ? Dans cette relation duelle, où est la place des acteurs-auteurs, des managers ?

D’une autre manière, si nous observons la correspondance qui est établie entre le Web 2.0 et le management 2.0, nous pourrions conclure que désormais l’histoire du management et l’histoire du numérique sont liées. Mais pouvons nous encore parler d’histoire s’il n’y a pas d’agent ? Souhaitons-nous acquiescer à la proposition d’un déterminisme commun ? C’est-à-dire, le numérique conditionnant le management, le management conditionnant le numérique et cet ensemble constitué, conditionnant managers et collaborateurs.

Devant cette perspective peu désirable, le manager aura à faire ressurgir  le vouloir. Il aura à décider du type de management qu’il souhaite, comme il aura à décider des moyens pour le mettre en œuvre, numérique ou pas. Ces décisions impliquent la distinction entre moyen et finalité, entre raison instrumentale et raison objective. Il sera un des acteurs qui aura à limiter un accroissement du numérique sans finalité, du numérique pour le numérique (ce qui serait sa fin).

Bernard Benattar et Jean-Luc Vrignon

 

Bernard Benattar est psychosociologue et philosophe du travail, directeur de l’institut européen de Philosophie Pratique. Ses interventions, depuis plus de 20 ans dans les organisations publiques et privées, tous secteurs, auprès de salariés, de dirigeants, d’élus, de bénévoles, visent principalement l’amélioration de la qualité de vie au travail : risques et troubles psycho-sociaux, dialogue social, éthique partagée, philosophie de l’action, cohérence RH, RSE. Il est porteur d’une philosophie pratique, celle qui vient au travail questionner la condition humaine, celle qui se laisse questionner par l’expérience, celle encore qui se construit en chemin et en dialogue. Il anime un penser ensemble coopératif et créatif permettant aux équipes de donner de la valeur aux valeurs et de (re)construire ensemble leur raison d’être.

Site web : http//penser-ensemble.eu

Jean-lucVrignon, est chargé des outils et des process dans l’unité d’intégration de solution à Orange Business services. Amateur de philosophie technique et de philosophie du travail.


[1] Voir Marcel Conche in « le fondement de la morale », PUF 1993, p.34 : « La pensée la plus forte est celle qui se forge, ou en tout cas, se vérifie, dans un dialogue réel. Fortes ou non, les propositions que nous avançons par la suite ont subi l’épreuve du dialogue avec des interlocuteurs réels. …Ceux qui ne savent pas écouter ne savent pas non plus répondre. …Ce que nous entendons par « dialogue » est un échange où le propos de l’un des interlocuteurs est rigoureusement fonction du propos de l’autre. »

[2] Voir les recherches de Régis Debray sur la médiologie, s’intéressant aux effets des innovations techniques (l’écriture, l’imprimerie, le télégraphe, le téléphone, le numérique ) sur la culture, sur le travail, sur la société .

[3] Cf. L’œuvre ouverte, d’Umberto Eco, 1965, 1971(seconde révision) : « L’œuvre d’art est un message fondamentalement ambigu, une pluralité de signifiés qui coexistent en un seul signifiant. Cette ambiguïté peut devenir une fin explicite de l’œuvre »

[4] Voir de Franck Frommer, La pensée Powerpoint – Enquête sur ce logiciel qui rend stupide

 

L’approche philosophique et psycho-sociologique des Risques Psycho-sociaux

L’approche philosophique et psycho-sociologique des Risques Psycho-sociaux :

Une pratique de médiation préventive et réparatrice

Bernard Benattar philosophe du travail, psychosociologue

Formateur- Consultant

Site web : www/penser-ensemble.eu

Justice, vérité, liberté, dignité, honneur, solidarité, loyauté, respect, reconnaissance, sont au cœur des RPS, non comme valeurs mais comme pathos, non comme désirs mais comme manques, rarement aussi comme questions. C’est ce que l’on appelle pudiquement la perte de sens, lorsque l’on désespère de comprendre, et pire encore lorsqu’il n’y a plus rien à désirer, pour l’animal laborans ..

Comment en arrive t-on à imposer des cadences intenables, des surcharges de travail, des pressions psychologiques ? Qui décide de doubler les objectifs de croissance de rentabilité ou de profit ? Au nom de quelles rationalités ? En vue de quoi ? Qu’est-ce qui tue le désir et la puissance d’agir  entre ordres absurdes et contrôles obsédants ou jeux de pouvoirs insensés ? Qu’est ce qui est injuste ou indigne ici, et pour qui ? En quoi et à quels propos est-il nécessaire d’évaluer nos valeurs sans lesquelles le travail n’a pas de valeur ?

Si ce terme consensuel  de « RPS » laisse à penser que ces facteurs de risques pour la santé mentale, sont  le produit d’un système, se pose alors la question de la résistance à cette « irresponsabilité» mécanique, qui se joue subtilement dans chaque rouage de l’organisation. S’il nous pousse aussi à reconnaître désormais l’existence d’un Sujet au travail moralement vulnérable, nous pouvons penser la capacité de l’éthique, comme « philosophie première » du côté de la création concertée de sens et de valeurs, anti-dote pour les uns et les autres à la passivité.

C’est d’une pratique paradoxale de médiation dont je veux témoigner, qui contribue à la construction des responsabilités et des compromis de sens « mutuellement acceptables » ; Un processus qui favorise le passage de la norme unilatérale à la vérité partagée, la production d’un réel sens commun.


Extrait de la conférence organisée par le master d’ergonomie de Paris 1 ,

publiée en intégralité aux éditions Octares  Editions, juin 2011 : Risques psychsociaux : quelle réalité, quels enjeux pour le travail – Séminaire Paris 1 , coordonné par François Hubault, p. 122